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 La Quête de la Pandarie: La 3ème partie est en ligne

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Radhya
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MessageSujet: La Quête de la Pandarie: La 3ème partie est en ligne   Ven 19 Oct - 9:29

La quête de la Pandarie : troisième partie
La vapeur s’échappant de la théière emplissait l’air d’une fraîche odeur de menthe, rappelant à
Chon Po l’époque où Shen Zin Su nageait à de plus hautes latitudes, et où les jours se faisaient plus
courts et plus frais. Pour combattre le froid, Xiu Li avait pour habitude de faire bouillir l’eau du thé, et les
deux pandarens serraient leurs tasses de céramique entre leurs pattes en s’échangeant des anecdotes,
emmitouflés dans leurs manteaux pour mieux conserver la chaleur. Désormais, ce n’était plus Xiu Li qui
servait le thé, mais sa mère, Mei.
« Tu sembles vraiment fatigué, Po », commenta-t-elle.
Chon Po leva sa tasse de thé, puis la reposa. Mei se trouvait à l’endroit où Li Li était assise, le
soir où il s’était emporté contre elle et Chen. La nuit suivante, Li Li avait fugué avec la perle. Il n’avait
depuis reçu d’elle que quelques lettres assez vagues. Sa fille lui manquait terriblement.
« Je me fais du souci pour Li Li… », dit-il. « Et pour Chen. »
Mei prit une petite gorgée de thé. La fourrure grisonnante qui encadrait son visage avait la
même teinte que la chevelure argentée qu’elle avait peignée en arrière et regroupée en une tresse.
Lorsqu’elle tourna les yeux vers Chon Po, il sentit un tressaillement dans son estomac. Elle avait les yeux
de Xiu Li. Et aussi ceux de Li Li…
« Il est naturel de s’inquiéter pour sa famille », dit Mei.
« Où me suis-je trompé ? » laissa échapper Chon Po. Mei le fixa en levant les sourcils, puis prit
une nouvelle gorgée de son thé.
« Il va falloir te montrer plus explicite », dit-elle.
« J’ai échoué. Ma famille a éclaté, seul mon fils demeure à mes côtés. Ma fille me méprise. » La
colère et la frustration saillaient sous la surface de sa voix. Mei secoua la tête.
« Li Li ne te méprise pas, Po, dit-elle. Tu ne poses pas la bonne question.
— Quelle serait la bonne question, alors ?
— Tu devrais te demander si tu crois que la mort du corps est une plus grande tragédie que la
mort de l’esprit.
Chon Po cligna des yeux. « Hein ? »
Mei reposa sa tasse, puis croisa les pattes.
« Lorsque Xiu Li est morte, tu as perdu une femme. J’ai perdu une fille. Je sais ce qui te fait peur,
puisque je l’ai vécu. »
Chon Po sentit sa gorge se serrer. Mei poursuivit.
« Ma fille adorait partir pêcher en bateau. Elle adorait la mer. Elle adorait la manière dont ce
travail oscillait entre loisir, patience prudente et excitation. Et, oui… elle adorait les risques également. »
Les yeux de Mei se détournèrent de ceux de Chon Po. Ils semblaient regarder quelque chose de
lointain, comme un souvenir lui revenant à l’esprit.
« J’avais pour habitude d’observer la manière dont son visage s’illuminait lorsqu’elle s’occupait
de son bateau. Chaque jour, lorsqu’elle le guidait loin du rivage, en direction de la pleine mer, c’était
comme si son esprit se mettait à chanter. »
Le regard de Mei revint se poser sur Chon Po.
« Aurais-tu été jusqu’à la priver de cela, uniquement pour la garder plus longtemps ? »
Chon Po regarda fixement sa tasse de thé posée sur sa soucoupe.
« Bo le Fort a suivi Li Li à ma demande, et il s’est fait tuer à cause de cela…
— Li Li ou Chen t’ont-ils répété ce que Bo a dit avant de mourir, Po ? »
Il leva à nouveau les yeux vers Mei, pris de cours, et soudain gagné par la nervosité.
« Non, répondit-il.
— Le dernier sentiment exprimé par Bo fut de la gratitude pour avoir pu partager les voyages de
Li Li avec elle. Il a dit qu’il avait été illuminé. Que s’il devait tout recommencer, il referait la même chose.
Il n’a exprimé aucun regret. »
Chon Po lutta avec cette idée pendant un instant.
« Est-ce bien la vérité ?
— Li Li et Chen m’ont tous deux raconté cela. Je ne pense pas qu’ils m’aient menti. Ils avaient le
cœur brisé en repensant à Bo. »
Mei tendit le bras et posa une patte noueuse sur celle de Chon Po.
« Po, tu ne pourras pas plier Li Li à ta volonté. Tu le sais. Elle t’a déjà défié par deux fois. Li Li est
telle qu’elle est… une battante, tout comme toi. L’envie de voir le monde fait partie de nous, et notre
demeure sur Shen Zin Su en témoigne. Mais elle ne cessera jamais d’être ta fille. Même si elle ne revient
jamais à la maison, tu ne perdras pas Li Li.
— Je veux juste qu’elle soit en sécurité…, dit Chon Po en fermant les yeux.
— Elle trouvera sa propre sécurité, répondit Mei. Et son propre bonheur. »
* * *
Elle voyait les dunes dorées glisser sous elle, chaque enjambée la propulsant sans effort pardessus le sable. Le soleil levant flamboyait à sa droite, tandis que Li Li suivait la ligne de montagnes
escarpées constituant la limite sud-ouest de Tanaris. Elle traversa une petite oasis de cactus dans les
collines, puis s’enfonça dans une passe étroite, qui tranchait si nettement et si soudainement la roche
qu’elle aurait très bien pu être l’œuvre d’une gigantesque hache cosmique. Quatre statues magnifiques
et sévères gardaient la route. L’une d’elles ressemblait à une humaine typique, mais les autres avaient
des têtes d’animaux. Li Li se tourna vers elles, et c’est alors qu’elles prirent vie, étendant leurs bras en
signe d’invitation. Elle ralentit, intriguée, et commença à s’en rapprocher. Mais alors, leur attitude se
modifia. Elles se mirent à gronder et à tendre vers elle des doigts grêles, terminés par des griffes
courbées comme des faucilles. Elle ouvrit la bouche pour hurler. Les statues se fondirent en une seule
entité, pour devenir son père. Son intention demeurait malveillante. Lui aussi cherchait à l’attraper et à
la piéger. Elle tenta de fuir, mais sa foulée bondissante, qui réclamait si peu d’efforts quelques instants
auparavant, se fit chancelante, et elle s’effondra à terre. Elle se vit tomber en avant au ralenti, chaque
seconde semblant durer une éternité. Mais alors que la route de pierre semblait se dresser pour arrêter
sa chute, la totalité du paysage se liquéfia, la roche passant d’une teinte cuivrée à un bleu saphir. Elle
s’écrasa dans une mer furieuse, en plein cœur d’une terrible tempête. Une houle de la taille de Shen Zin
Su la soulevait, avant de la faire violemment retomber. Elle battait l’eau des bras pour tenter de se
maintenir à la surface, au bord de l’asphyxie. Une vague l’emporta sur sa crête, et elle aperçut alors
quelque chose dans la dépression. Un autre pandaren nageait dans sa direction et criait son nom, perdu
dans le même océan hostile.
« Maman ! », hurla Li Li.
Xiu Li cria le nom de sa fille. Li Li tendit les deux bras vers elle, en oubliant de nager. Mais la
vague qui la portait ne roula pas sous elle. Elle se brisa, l’eau s’effondrant soudain sur elle-même. Li Li
chuta en avant, telle la pointe d’une lance furieuse. Le visage de sa mère fonça vers elle, les milliers de
tonnes d’eau rugissant derrière Li Li constituant une tombe tout aussi efficace que celles creusées par
les mains des mortels…
* * *
Quelque chose d’humide s’écrasant sur sa tête extirpa Li Li de son sommeil. Elle essaya de se
redresser, perdit l’équilibre et alla s’écraser sur le sol, en éparpillant au passage une partie de son
équipement de voyage.
« Li Li ? » Le ton inquiet de Chen l’aida à se reprendre et à calmer sa panique. « Tout va bien ? »
Li Li s’assit, avec précautions cette fois-ci, tout en se frottant les yeux. Son esprit démêla
lentement le rêve de la réalité. Elle se trouvait dans une roulotte et traversait Tanaris avec une caravane
de nains se rendant à Uldum.
« Moui…, marmonna-t-elle, encore étourdie par sa sieste et par son cauchemar. Juste un
mauvais rêve… » L’image du visage désespéré de sa mère s’imposa dans ses pensées, et elle frissonna.
« Je m’en doutais un peu. Tu n’arrêtais pas de gigoter dans ton sommeil. Tu as même renversé
une des oucoulé. Li Li appuya sa paume contre son front, à la recherche d’un bon mot, mais son sens de l’à-propos
lui fit défaut.
« De quoi as-tu rêvé ? demanda Chen. Tu veux en parler ?
— Ça avait commencé comme la vision que m’a montrée la perle à Gadgetzan. Je voyageais à
travers Tanaris. J’ai vu l’oasis, et la passe avec les statues. Mais ensuite… » La voix de Li Li s’estompa.
Chen attendit patiemment.
« Ça a tourné au cauchemar. J’étais… perdue en mer, au milieu d’une tempête », ajouta-t-elle
pour conclure.
Chen ne chercha pas à lui soutirer plus de détails. « Tout va bien, Li Li », dit-il. Sa présence était
plus rassurante que Li Li aurait bien voulu l’admettre.
Ils poussèrent tous deux les rideaux à l’avant de la roulotte et grimpèrent sur le siège en bois à
côté de sa conductrice, une naine aux cheveux noir charbon, prénommée Felyae. L’infinité des sables
dorés de Tanaris s’étendait dans toutes les directions. La seule chose qui semblait briser la monotonie
visuelle était la chaîne de montagnes au sud-ouest, qui avait fait son apparition à l’horizon quelques
jours auparavant, alors qu’ils franchissaient la crête d’une dune. Le fait de savoir que la caravane se
rapprochait peu à peu de la limite du désert motivait la progression du groupe tout entier.
« Alors, comme qu’elle va la p’tite demoiselle ?, lança Felyae à Li Li. Vot’ sieste m’a pas eu l’air
des plus reposantes…
— Elle a fait un mauvais rêve, répondit Chen avant que Li Li ait le temps de dire quoi que ce soit.
— Ouais, la chaleur dans ce désert, ça vous chamboule le ciboulot », répliqua Felyae. Elle fit
claquer les rênes du chameau contre ses cuisses pour appuyer son affirmation. « Y’a de quoi refiler des
cauchemars et des hallucinations à n’importe qui ! »
Li Li n’avait jamais encore envisagé que les visions de la perle puissent être des hallucinations,
mais ses expériences des dernières semaines semblaient pencher en ce sens. Une fois arrivée à
Gadgetzan, elle avait vraiment espéré être en mesure d’affréter un navire en s’appuyant sur les contacts
de Catelyn, afin que Chen et elles puissent enfin mettre le cap au sud, à la recherche de la Pandarie.
Mais même avec l’appui d’une célèbre pirate, trouver un capitaine bien disposé s’était avéré impossible.
Une fois de plus, elle avait eu recours à la perle pour la guider et cette dernière lui avait montré unetres. » Chen lui tendit le récipient orné d’une traînée sombre sur le cuir, là où l’eau avait
coulé. Li Li appuya sa paume contre son front, à la recherche d’un bon mot, mais son sens de l’à-propos
lui fit défaut.
« De quoi as-tu rêvé ? demanda Chen. Tu veux en parler ?
— Ça avait commencé comme la vision que m’a montrée la perle à Gadgetzan. Je voyageais à
travers Tanaris. J’ai vu l’oasis, et la passe avec les statues. Mais ensuite… » La voix de Li Li s’estompa.
Chen attendit patiemment.
« Ça a tourné au cauchemar. J’étais… perdue en mer, au milieu d’une tempête », ajouta-t-elle
pour conclure.
Chen ne chercha pas à lui soutirer plus de détails. « Tout va bien, Li Li », dit-il. Sa présence était
plus rassurante que Li Li aurait bien voulu l’admettre.
Ils poussèrent tous deux les rideaux à l’avant de la roulotte et grimpèrent sur le siège en bois à
côté de sa conductrice, une naine aux cheveux noir charbon, prénommée Felyae. L’infinité des sables
dorés de Tanaris s’étendait dans toutes les directions. La seule chose qui semblait briser la monotonie
visuelle était la chaîne de montagnes au sud-ouest, qui avait fait son apparition à l’horizon quelques
jours auparavant, alors qu’ils franchissaient la crête d’une dune. Le fait de savoir que la caravane se
rapprochait peu à peu de la limite du désert motivait la progression du groupe tout entier.
« Alors, comme qu’elle va la p’tite demoiselle ?, lança Felyae à Li Li. Vot’ sieste m’a pas eu l’air
des plus reposantes…
— Elle a fait un mauvais rêve, répondit Chen avant que Li Li ait le temps de dire quoi que ce soit.
— Ouais, la chaleur dans ce désert, ça vous chamboule le ciboulot », répliqua Felyae. Elle fit
claquer les rênes du chameau contre ses cuisses pour appuyer son affirmation. « Y’a de quoi refiler des
cauchemars et des hallucinations à n’importe qui ! »
Li Li n’avait jamais encore envisagé que les visions de la perle puissent être des hallucinations,
mais ses expériences des dernières semaines semblaient pencher en ce sens. Une fois arrivée à
Gadgetzan, elle avait vraiment espéré être en mesure d’affréter un navire en s’appuyant sur les contacts
de Catelyn, afin que Chen et elles puissent enfin mettre le cap au sud, à la recherche de la Pandarie.
Mais même avec l’appui d’une célèbre pirate, trouver un capitaine bien disposé s’était avéré impossible.
Une fois de plus, elle avait eu recours à la perle pour la guider et cette dernière lui avait montré une
piste à travers Tanaris et par-delà les montagnes, sur les terres d’Uldum. Et c’est donc vers Uldum que
Chen et elle étaient partis, après avoir acheté leur passage auprès d’un groupe de nains de la Ligue des
explorateurs.
« On d’vrait arriver à la frontière du désert d’ici un jour ou deux, lança Felyae pour briser le
silence. Qu’est-ce que vous avez prévu d’faire, une fois arrivés à Uldum ?
— Nous nous dirigerons vers la cité, répondit Chen.
— Ah, Ramkahen ?
— Heu… Oui, Ramkaaa… hen, reprit Li Li, butant sur la prononciation. Elle n’avait jamais entendu
le nom de la cité jusqu’ici. C’est bien celle en bordure du lac, n’est-ce pas ?
— Celle au nord du lac, en tout cas, confirma Felyae. Du nom des gens qui vivent là-bas.
— Les Tol’vir, ajouta Chen. Felyae hocha la tête, et il poursuivit. En savez-vous beaucoup sur
eux ? Je ne les connais pas vraiment.
— Eh ben…, commença Felya d’un air songeur, les tol’vir c’est comme des centaures, mais avec
une moitié de chat au lieu de cheval. »
Chen se redressa sur son siège, visiblement intrigué. « Absolument fascinant ! »
— Ouaip», dit-elle. J’suis passée par Ramkahen qu’une fois, j’en ai vu quelques-uns. Enfin bref,
les Tol’vir sont divisés en tribus, et les tribus, elles portent le nom d’la ville d’où elles vivent. Les
Ramkahen vivent à Ramkahen. Y en avait deux autres avant, les Neferset et les Orsis, mais elles ont
quasiment disparu.
— Que leur est-il arrivé ? demanda Li Li.
Felyae secoua tristement la tête.
— Une guerre. Une guerre civile. Et maintenant, y reste plus qu’les Ramkahen.
— C’est— Ouaip, pour sûr…, acquiesça Felyae. J’suis pas passée par la ville depuis la fin d’la guerre, donc
je peux pas vous dire à quoi vous attendre, mais j’avais trouvé le coin assez sinistre… Très beau, mais
comme empli de chagrin. »
Ils avancèrent tous trois en silence pendant un moment, doucement secoués par la roulotte,
observant le pas lourd du chameau tandis qu’il gravissait la pente d’une nouvelle dune. Alors qu’ils
approchaient du sommet, ils entendirent un grand cri de joie et la voix de Dalgin, le chef de la caravane,
retentit à travers le désert.
« On peut voir la vallée des Chardonniers au pied des collines ! On est presque arrivés à
Uldum ! »
L’enthousiasme de Dalgin était contagieux, et Li Li, Chen et Felyae sourirent en entendant la
nouvelle, en dépit du sujet sombre dont ils venaient de discuter. Li Li ressentit un réel frisson
d’excitation courir le long de son échine : Chen n’avait jamais décrit Uldum dans aucune de ses lettres.
* * *
Lorsqu’ils atteignirent la vallée, l’humeur générale s’améliora. Le sable laissa la place à un
terrain plus solide et l’allure de la caravane augmenta. Les montagnes désolées s’élevaient devant eux,
une brèche à flanc de coteau révélant la suite de la route.
Dalgin ne laissait jamais passer l’occasion de faire une annonce. « Nous approchons d’la
passe ! », cria-t-il. « On s’ra au campement avant la nuit ! »
La caravane avança lourdement dans les ombres longeant la base des gigantesques murailles
montagneuses. Les dominant depuis les hauteurs, les statues gardiennes flanquaient les voyageurs,
encore plus grandes que dans la vision de Li Li. Elle frissonna en se rappelant son rêve, mais les grandes
sculptures demeurèrent immobiles, imposantes mais inoffensives.
Les sabots des chameaux claquaient doucement sur le pavé, et leurs échos sonnaient tels des
clochers lointains. Li Li tournait la tête dans toutes les directions. Elle était extrêmement impatiente de
rencontrer ceux qui avaient construit ce lieu, d’écouter leurs histoires, d’en apprendre plus sur leur art. terrible…, commenta Chen amèrement.
Bien trop occupée à regarder partout, elle n’accorda qu’un bref coup d’œil à Chen, mais constata que
son visage arborait la même expression fascinée d’émerveillement. Liu Lang avait-il également ressenti
cela ? Était-ce ce qui les avait motivés, ses adeptes et lui, à consacrer leur vie à l’exploration ? Elle
ressentit une bouffée de chagrin lorsqu’elle songea à son père. Il n’avait même pas idée de ce qu’il
ratait…
La lumière submergea à nouveau la caravane lorsqu’ils sortirent de la passe. La route se
poursuivait vers l’ouest, en direction de grandes ruines. Une immense statue d’un être ailé à tête de
chat gardait le tombeau, armé d’une gigantesque épée. Li Li était si occupée à le contempler qu’elle
remarqua à peine lorsque la caravane s’arrêta brusquement. La voix tonitruante de Dalgin brisa soudain
sa fascination.
« Nom d’la barbe de Brann, mais qu’est-ce c’est que c’te histoire ? Pourquoi donc que vous
pointez ces machins sur nous ? »
Li Li, Chen et Felyae échangèrent des regards inquiets. Instinctivement, Li Li tendit la main pour
saisir son bâton, qu’elle savait bien calé à l’arrière dans la roulotte, mais Chen attrapa son poignet pour
l’en empêcher. De son autre patte, il lui indiqua les ruines. Li Li suivit son regard.
Plusieurs grandes créatures à quatre pattes, au pelage marron doré, marron foncé et noir
d’onyx, galopaient en direction de la caravane. Elles avaient des torses humains, mais leur tête et le
reste de leur corps étaient ceux d’un chat. Li Li en eut le souffle coupé… des tol’vir ! Mais son excitation
s’estompa bien vite… Ces tol’vir avaient l’air furieux, et ils étaient armés.
« Oh là ! » cria Dalgin, en se dirigeant vers les tol’vir. « On a rien fait d’mal ! »
Le chef du groupe de tol’vir s’avança, facilement reconnaissable aux ornements qu’il portait sur
le torse et au garrot. Dans l’une de ses mains, il brandissait sans effort une lance gigantesque. Dalgin
faisait la moitié de sa taille. Li Li admira le courage du nain… ou son inconscience.
« Vous devez venir avec nous jusqu’à la cité de Ramkahen », annonça le chef des tol’vir. « Afin
de vous expliquer auprès du roi Phaoris. »
« Oh, allez, on a fait que jeter un coup d’œil ! », argumenta Dalgin. « Juste histoire de
documenter deux ou trois trucs, de prendre quelques notes… »
« Nous allons vous escorter jusqu’à la cité », répéta le tol’vir, implacable. Dalgin marmonna
quelque chose en langage nain. Li Li essaya d’imaginer ce qu’il avait pu dire pendant un moment, se
figurant quelques-unes des possibilités les plus grossières en ricanant… La caravane s’ébranla à nouveau
et les tol’vir encadrèrent les chariots sans dire un mot, afin de les guider jusqu’à Ramkahen.
* * *
Ils arrivèrent dans la cité en traversant une grande rivière ainsi qu’une oasis qui longeait sa
berge. Li Li était captivée par le paysage. Elle s’émerveillait devant la diversité des formes de vie le long
de la rivière. Des palmiers et des fougères à large feuille avaient envahi le rivage, apportant de l’ombre
aux berges et fournissant un abri à toute une variété de créatures, comme des grenouilles, des
crapauds, des lézards et des oiseaux aux pattes élancées. Elle n’arrivait pas à croire qu’un paradis aussi
fragile puisse prospérer au cœur d’un désert si rigoureux.
Brusquement, les arbres se firent plus épars. Quatre piliers de pierre se dressaient hors de terre
et, au-delà, deux autres grandes statues à tête de faucon gardaient l’entrée de la cité. Au sud, le lac de la
Vir’naal étincelait comme un diamant sous l’éclat brutal du soleil.
Ils avaient atteint Ramkahen. Les tol’vir les firent pénétrer dans la cité, après avoir ordonné que
leurs chariots demeurent à l’extérieur, au-delà des portes. Li Li brandissait son bâton avec méfiance
tandis qu’elle marchait aux côtés des tol’vir bien plus grands qu’elle, mais aucun d’entre eux ne lui jeta
le moindre regard.
En d’autres circonstances, Ramkahen aurait pu susciter la fascination des pandarens.
Malheureusement, Li Li était trop agacée pour remarquer les magnifiques rues pavées ou les tentures
colorées ornant chaque porte d’entrée. Chen se sentait tout aussi mal à l’aise.
Alors que leur groupe continuait de s’enfoncer dans Ramkahen, il devint clair que quelque chose
d’inhabituel était en train de se produire. Un attroupement de tol’vir était rassemblé dans le centreville, hurlant et vociférant. Des gardes se tenaient en alerte tout autour de la grand-place, scrutant la
foule en quête de tout comportement potentiellement dangereux.
« Mais enfin, qu’est-ce qui se passe ici ? », se demanda Chen à haute voix.
Un grand bâtiment bordait l’extrémité nord de la place, avec un escalier menant à un balcon
surélevé. Là, se trouvaient cinq tol’vir portant de lourdes chaînes. Ils étaient gardés par trois autres
tol’vir, dont l’un portait un magnifique masque dissimulant entièrement son visage. De là où elle se
trouvait, Li Li avait du mal à être sûre de ce qu’elle voyait, mais la peau des prisonniers lui sembla
différente de celle des autres tol’vir. Elle plissa les yeux, afin d’essayer de mieux discerner la scène.
Un des tol’vir en haut des escaliers tenta de se faire entendre en dépit du vacarme.
« Le roi Phaoris s’adresse à vous ! Faites silence et écoutez ! »
La foule s’apaisa. Le tol’vir masqué, le roi Phaoris, prit la parole, non pas à l’intention de la
population qui s’était réunie là, mais à celle des prisonniers. Sa voix riche tonna à travers toute la place.
« Vous, les Neferset survivants, êtes céans accusés de collusion avec le dragon maléfique Aile de
mort. Vous êtes accusés d’avoir accepté son offre d’inverser la malédiction de la chair, en échange de
votre serment d’allégeance envers lui et son allié, le seigneur élémentaire de l’air Al’Akir. Vous êtes
accusés d’avoir usé des pouvoirs qu’ils vous ont octroyés pour partir en guerre contre votre propre
peuple…
— Oncle Chen, qu’est-ce que la malédiction de la chair ?, murmura Li Li.
— Je n’en sais rien, lui répondit-il à mi-voix.
— C’est un mal qui affecte les créations des titans », leur expliqua calmement Felyae, qui se
tenait à côté d’eux. Les deux pandarens clignèrent des yeux de surprise. « Les titans ont façonné leurs
créatures dans d’la pierre, ou à partir de divers systèmes mécaniques, poursuivit-elle, afin qu’y puissent
accomplir leurs tâches dans ce monde sans craindre de s’détériorer, ni d’faiblir. Mais y’a des êtres d’une
grande malice qui détestent les titans, et y se sont amusés à saboter leurs créations, en transformant
leurs corps en chair, tout comme ceux des autres créatures d’Azeroth. »
— Comment savez-vous tout cela ?, demanda Li Li à mi-voix. Un sourire ambigu se dessina sur le
visage de Felyae.
— Parce que nous, les nains, on est aussi touchés par cette malédiction, répondit-elle. Autrefois,
nous étions des créatures de pierre, créées par les titans en personne. »
Il n’était pas difficile de lire sur le visage de Felyae qu’elle éprouvait des sentiments
contradictoires envers le fait d’être constituée de chair. Li Li eut la sagesse de ne rien dire, mais elle
repensa au temps qu’elle avait passé à Forgefer pendant la fête des Brasseurs, et elle avait du mal à
s’imaginer qu’un tel évènement aurait pu être aussi jovial et tumultueux si les nains avaient conservé
leurs corps de pierre d’origine. Elle ne pouvait donc pas s’empêcher d’être plutôt contente qu’ils soient
désormais de simples créatures de chair et d’os, tout comme elle.
« Les tol’vir ont donc été créés par les titans », commenta Chen. Felyae acquiesça.
Au sommet des escaliers, le roi Phaoris arrivait au terme de son discours. Li Li en avait raté la
deuxième moitié.
« … Le haut conseil se penchera sur ce sujet pour le restant de la journée, ainsi que toute la
journée de demain. Le jour qui suivra, il sera décidé de votre sort. Si l’un d’entre vous souhaite
s’exprimer pour sa défense, il doit le faire maintenant ! »
« Les prisonniers doivent mourir ! », hurla quelqu’un dans la foule.
« Faites souffrir ces traîtres ! », lança une autre voix.
« Les délibérations vont commencer », dit le roi Phaoris, à l’intention de la foule emportée.
« Tout citoyen souhaitant soumettre une proposition concernant la manière dont la situation devrait
être traitée pourra s’adresser au conseil. »
Les prisonniers Neferset furent emmenés par une escorte de gardes, sous les cris et les railleries
de la foule. Le roi Phaoris et ses compagnons pénétrèrent dans le magnifique bâtiment, avant de
disparaître. Lentement, l’attroupement commença à se disperser, toujours parcouru de murmures de
colère. Les tol’vir escortant Li Li, Chen et les nains les incitèrent à avancer, puis à gravir le grand escalier,
afin de pénétrer dans l’enclave du roi.
* * *
La petite troupe fut présentée directement au roi Phaoris, qui passa un moment d’une longueur
perturbante à observer le groupe, avant de prendre la parole.
« Mes gardes vous ont amenés jusqu’à moi pour une bonne raison, annonça-t-il froidement.
Que faites-vous ici ? »
Dalgin s’avança. « On est des archéologues, dit-il, en bombant légèrement le torse avec fierté.
D’la Ligue des explorateurs de Forgefer ! On est venus pour en savoir plus sur les anciens sites
d’Uldum. »
Li Li aurait pu jurer que Phaoris avait roulé les yeux, mais avec son masque, il était difficile d’en
être vraiment sûr. Il poussa un léger soupir.
« Une expédition de gnomes est allée farfouiller dans les ruines au sud et ils ont tous fini par
perdre la tête, annonça-t-il avec une pointe d’impatience dans la voix. Il est vrai que les étrangers
comme vous nous ont fourni une aide inestimable pendant la dernière guerre, mais n’oubliez pas que
vous êtes des invités sur nos terres. Il vaut mieux que certaines choses demeurent enterrées. Vous
pouvez séjourner dans ma cité pour l’instant, mais ne repoussez pas trop loin les frontières de notre
hospitalité. Vous pouvez disposer. »
Les nains commencèrent à se diriger vers l’extérieur, en grommelant dans leurs barbes. Li Li
saisit quelques phrases au passage, qui mentionnaient des choses comme « l’obstruction à l’érudition »,
et « de vieux rabat-joie mal embouchés ». Elle réprima un gloussement. Chen resta en arrière, jetant des
regards furtifs dans toute la pièce et s’abreuvant de l’architecture et du décor de ce lieu étranger. Li Li
sourit et décida de lambiner un peu aux côtés de son oncle.
Au bout d’un moment, ils se décidèrent à partir, avec l’intention de retrouver les nains et de
chercher une taverne, ou ce qui en tenait lieu à Ramkahen. Alors que Chen se dirigeait vers la porte, il
fut bousculé par un tol’vir qui se précipitait à l’intérieur du bâtiment.
« Roi Phaoris !, cria le nouveau venu. S’il vous plaît, je dois vous parler, à vous et au haut
conseil ! »
Le roi sembla clairement excédé. « Nous avons déjà entendu ce que tu avais à dire, Menrim.
— S’il vous plaît, répéta Menrim. Je vous en prie, écoutez-moi. Les prisonniers Neferset méritent
votre pitié…
— Évidemment, toujours le même discours », grogna l’un des membres du conseil. Le roi
Phaoris leva la main, afin de réclamer le silence.
« Menrim, je sais que tu es inquiet de leur sort. Le haut conseil compte s’assurer que justice sera
rendue, sous quelque forme que ce soit.
— Ils ont déclenché la guerre et ils ont été vaincus, déclara Menrim, suppliant. N’est-ce pas
suffisant ? Devons-nous forcément répondre au sang par le sang ? »
Un autre tol’vir dans la salle murmura quelque chose qui ressemblait fort à un « oui ».
Li Li et Chen se précipitèrent hors du bâtiment, profitant du fait que l’attention de tous était
concentrée sur Menrim pour s’échapper. Alors qu’ils hésitaient sur la place, ne sachant pas trop où aller
pour la suite, Menrim ressortit au sommet des escaliers, ses pattes couleur sable traînant d’un air abattu
à chaque pas. La lassitude qui émanait de son attitude alla droit au cœur de Chen. Impulsivement, Chen
décida d’aller parler au tol’vir solitaire.
« Je n’ai pu m’empêcher d’entendre ce que vous avez dit au roi, commença-t-il, en s’avançant
vers Menrim. Je vous trouve très courageux. Il n’est pas facile d’invoquer la pitié envers ceux qui vous
ont causé du tort. »
Menrim sembla pris de court par les paroles de Chen. Ses yeux passèrent successivement sur les
deux pandarens, clairement étrangers à ces terres. Il ne dit rien, mais son visage perdit un peu de son
expression hagarde.
« Je me nomme Chen Brune d’Orage. Ma nièce Li Li et moi venons d’arriver dans la région. Nous
vous souhaitons bon courage en ces temps troublés.
— Je m’appelle Menrim », répondit le Tol’vir. Merci pour votre compassion ». Il marqua une
pause, puis ajouta : « Je serais heureux de vous recevoir à dîner ce soir, vous et votre nièce, si cela vous
convient.
— Nous serons honorés d’accepter votre invitation, Menrim », répondit Chen.
* * *
Menrim vivait dans une modeste maison de plain-pied qui surplombait le lac de la Vir’naal. Alors
que le ciel s’assombrissait, les lueurs de la ville située de l’autre côté de l’eau devinrent visibles.
« Quelle est cette autre ville, là-bas ? », demanda Li Li, en indiquant les flamboiements orange et
rouge. Dans la cuisine, elle aidait Menrim à nettoyer la vaisselle ayant servi pour le dîner.
« Il s’agit de Mar’at. Elle ne se trouvait pas loin d’Orsis, à l’époque où Orsis existait encore.
— Orsis a-t-elle été détruite pendant la guerre ? demanda Li Li. Menrim acquiesça.
— Oui. Al’Akir a envoyé ses armées l’enterrer sous une énorme tempête de sable. » Menrim
soupira. « Orsis et Neferset étaient des cités magnifiques. Surtout Neferset. »
— Y êtes-vous déjà allé ?
— Je suis né là-bas, répondit faiblement Menrim.
— Oh…, fit Li Li. Elle fit mine de se concentrer sur l’assiette qu’elle essuyait à l’aide d’un torchon.
Êtes-vous un Ramkahen ?
— Je le suis, désormais, répondit Menrim après un temps. Mais je faisais autrefois partie de la
tribu Neferset.
— Oh…, fit à nouveau Li Li. Elle reprit sa tâche.
— Je… », commença Menrim, une pointe de fierté passant brièvement dans sa voix. Il fronça les
sourcils. « Vous ne semblez pas troublée par ceci. »
Li Li cligna des yeux. « Je devrais ? »
Menrim lui lança un regard étrange, tout en réfléchissant. « Je suppose qu’à vos yeux, il n’y a
rien de forcément étrange dans mon héritage. »
« Menrim, dit Li Li, je ne connais quasiment rien des tol’vir. Il y a eu une guerre civile, et j’ai
entendu dire que les Neferset s’étaient alliés à Aile de mort. » Menrim grimaça lorsqu’elle prononça le
nom du tristement célèbre aspect draconique. Li Li poursuivit « Mais vous n’avez pas l’air d’un allié
d’Aile de mort. Vous ne sentez pas assez la mort. »
Menrim ne put s’empêcher de sourire légèrement aux paroles de Li Li.
« Et je n’ai pas d’ailes non plus. », ajouta-t-il. Li Li roula des yeux. Menrim prit une profonde
inspiration.
« Dans ce cas, je crois qu’il vaudrait mieux que je vous raconte une histoire, à à votre oncle et
vous.
— On adore les histoires !, lui confia Li Li. Il grimaça.
— Peut-être pas celle-ci », acheva-t-il.
* * *
Chen et Li Li faisaient face à Menrim, dans la pièce principale de sa petite maison, assis en
tailleur à même le sol. Menrim replia ses pattes sous lui et commença.
« La cité de Neferset se trouve au sud d’ici. Elle est… elle était magnifique, bien plus vaste que
Ramkahen. Je suis né là-bas, tout comme mon frère, Bathet.
Tous les tol’vir connaissent bien l’histoire de notre race. Nous savons que nous sommes des
créations des titans, chargés de protéger Uldum et ses secrets. Cela dit, nous sommes également un
peuple à part entière. Nous ne sommes pas des automates. À l’origine, les titans nous avaient donné des
corps de pierre, afin que nous puissions mieux leur servir de gardiens.
Lorsque la malédiction de la chair a fait son apparition parmi les tol’vir, nous avons pleuré sur
nos corps affaiblis. Mais il ne semblait rien y avoir à faire pour inverser le processus, nous l’avons donc
accepté et nous avons repris le cours de nos vies. Mais même ainsi, nombreux furent ceux qui ne
cessèrent jamais de pleurer cette perte.
Comme vous le savez, le grand dragon Aile de mort a récemment fait son retour dans notre
monde. Il s’est allié à Al’Akir, le chef des élémentaires d’air, ainsi qu’avec les Dieux très anciens, qui
étaient à l’origine de la malédiction.
— Allié avec les Dieux très anciens ?, murmura Chen. Je n’arrive pas à y croire…
— Croyez-le, répliqua Menrim avec fermeté. Lorsqu’Aile de mort s’est présenté ici, il a proposé
un accord aux tol’vir : si nous acceptions de le rejoindre, il nous rendrait notre forme originale de pierre.
La malédiction serait inversée. »
Li Li et Chen acquiescèrent.
« Mes frères Neferset, menés par le pharaon sombre Tekahn, acceptèrent en masse, sans
aucune hésitation. Mais moi, je ne voyais pas les choses du même œil. »
Menrim prit un instant pour se recueillir.
« J’ai essayé de convaincre les autres Neferset que c’était une mauvaise idée. Bien sûr, on nous
rendrait nos corps de pierre, mais nous nous retrouverions à jamais redevables envers Al’Akir et Aile de
mort. Mon peuple était arrogant et se croyait en mesure de les renverser pour récupérer son
indépendance, une fois nos anciennes formes restaurées. Ceux qui partageaient mon hésitation se firent
de moins en moins nombreux. Même Bathet en arriva à ne plus être d’accord avec moi. Je l’ai supplié de
revenir sur sa décision, mais sans succès… Il est devenu l’un des partisans les plus énergiques de
l’alliance au sein de la cité. Finalement, il est devenu clair que j’étais en danger. Je me suis enfui à
Ramkahen, où j’ai prêté serment d’allégeance au roi Phaoris. Lorsque les autres Neferset sont devenus
ouvertement hostiles, j’ai apporté mon aide pour les vaincre.
— Et votre frère ? demanda Chen avec douceur. Qu’est-il devenu ? »
Menrim ne répondit pas immédiatement. À la lueur orange des lampes à huile, il semblait avoir
les traits tirés.
« Il a survécu, finit par répondre Menrim, d’une voix tremblante. C’est un des prisonniers de
Ramkahen. Ils attendent que le haut conseil décide de leur sort. »
* * *
Cette nuit-là, incapable de dormir, Chen resta allongé sur son sac de couchage, à regarder le
plafond du salon de la maison de Menrim. Les légers ronflements de Li Li l’informèrent qu’elle s’était
endormie. Il savait néanmoins qu’elle avait eu du mal à trouver le sommeil. Il l’avait écoutée se tourner
et se retourner pendant au moins une heure avant qu’elle ne succombe à l’épuisement.
Lui n’arrivait toujours pas à trouver le sommeil. Il comprenait parfaitement pourquoi Menrim
osait s’opposer aux autres tol’vir et implorer la pitié pour les prisonniers de guerre Neferset. Chen
n’avait qu’à imaginer ce qu’il ressentirait si Chon Po était menacé d’exécution, même pour des crimes
tels que ceux de Bathet. Et il savait que lui aussi ferait tout ce qui serait en son pouvoir pour sauver la
vie de son frère. Plus Chen songeait à la situation, plus son estomac se tordait douloureusement à la
pensée de ce que devait éprouver Menrim, d’autant plus qu’il savait qu’il était probablement la seule
chose à se dresser entre son frère et la mort. Finalement, Chen se leva et retourna s’asseoir à la table de
la cuisine. Il se sentait désespérément agité et extrêmement fatigué à la fois.
« Je vois que vous n’arrivez pas à dormir, vous non plus… » La voix calme de Menrim fit
sursauter Chen en le tirant de ses pensées. Il n’avait pas entendu le tol’vir pénétrer dans la pièce et
Chen s’émerveilla de constater qu’en dépit de sa taille, Menrim était en mesure de se déplacer aussi
silencieusement qu’un chat.
« Je suis désolé que le sol ne soit pas plus confortable, dit Menrim, et Chen secoua fermement la
tête.
— J’ai dormi dans des endroits bien pires que cela, vous pouvez me croire… Ce qui me tient
éveillé, c’est que je repense à ce que vous nous avez raconté après le dîner. »
Menrim soupira. « Tout comme moi. Tout le monde ici connaît mon histoire. Ils ont eu pitié
pendant un temps, mais la guerre endurcit le plus compatissant des cœurs.
— J’ai moi-même un frère, répondit Chen. C’est le père de Li Li. Nous ne nous sommes pas
toujours bien entendu, mais je n’arrive pas à nous imaginer nous retrouvant dans des camps opposés
d’une guerre. »
Le regard de Menrim se fit lointain. « J’ai longuement discuté avec le haut conseil. Peu d’entre
eux sont ouverts au concept de pitié de principe, mais certains sont prêts à l’envisager si les prisonniers
se repentent. J’ai tenté d’en informer Bathet, mais il semble dénué de tout remords jusqu’à présent. »
La voix de Menrim se brisa et il pencha sa grande tête féline sur sa poitrine en aplatissant les oreilles.
« Je tiens à ma famille plus qu’à toute autre chose, dit-il. J’ai toujours essayé de donner
l’exemple. Je suis plus vieux que Bathet. J’ai voulu lui montrer comment mener une bonne vie, mais je
ne voulais pas non plus me mettre en travers de son chemin. J’ai essayé de ne pas lui dire quoi faire,
mais je me suis toujours montré honnête avec lui quand il venait me parler. Depuis qu’il est devenu un
ardent partisan de la proposition d’Aile de mort, je me demande souvent quelles ont été mes erreurs.
— Vous n’êtes pas responsable de ses choix, dit Chen. Vous ne pouvez vivre que votre vie et
rester honnête envers vous-même. Bathet en a probablement fait autant, aussi pénible que vous soit
cette pensée. Peut-être pense-t-il vraiment avoir fait le bon choix.
— Peut-être, répondit Menrim, sans regarder Chen. Je pense que je vais retourner me coucher.
Bonne nuit.
— Bonne nuit », dit Chen. Il savait que ses paroles ne pouvaient offrir nul réconfort. Il ne se
sentait résolument pas à la hauteur, mais il fit vœu de faire ce qu’il pourrait, vraiment tout, afin d’aider
Menrim et son frère.
* * *
Le lendemain matin, avant le réveil de Li Li, Chen sortit afin d’essayer de trouver le lieu de
détention des prisonniers Neferset. Les tol’vir avaient tendance à se montrer ouvertement hostiles
lorsqu’il abordait le sujet, mais il finit par tomber sur une orque à l’allure professionnelle qui lui indiqua
la porte est, la même par laquelle Li Li et lui avaient pénétré dans la cité le jour précédent. La rampe
qu’ils avaient aperçue et qui descendait sous terre était l’entrée d’une prison. Chen la remercia, puis se
mit en route.
Deux chacals à l’allure sinistre installés sur des piliers gardaient le sommet de la rampe. Chen
marqua une pause pour les observer, espérant qu’il parviendrait à avoir un effet positif sur la situation,
tout en se demandant si une seule personne pouvait faire la différence. Il se souvint avoir vu des
individus réaliser de grandes choses. Chen inspira profondément, puis commença à descendre la rampe.
En bas, un garde de Ramkahen bloquait la porte.
« Que ve— Heu… J’aurais voulu parler aux prisonniers Neferset, expliqua Chen.
— Pourquoi faire ? s’enquit le garde.
— Pour apprendre, répondit Chen. Je voudrais savoir pourquoi ils ont fait ce qu’ils ont fait. »
Le garde l’observa attentivement, son regard parcourant Chen des pieds à la tête. « Vous êtes
une bien curieuse créature, dit-il. Et vous n’avez de toute évidence aucun lien avec les tol’vir. Si vous
souhaitez vous entretenir avec les détenus, vous allez pouvoir le faire, tant que vous me confiez d’abord
la totalité de vos possessions. Il y a un autre garde à l’intérieur qui se chargera de vous surveiller. »
Chen acquiesça. Il déposa son bâton et sa musette sur le sol. « Merci », dit-il en poussant la
porte.
Il était clair que la structure souterraine n’avait pas été conçue pour servir de prison, mais plutôt
convertie à la va-vite pour en jouer le rôle. Comme prévu, un autre garde attendait là, afin de s’assurer
que la discussion avec les Neferset demeure anodine.
Les Neferset étaient fermement enchaînés aux murs de pierre et leurs frêles cages étaient
visiblement des constructions temporaires. Chen commença à se demander si le haut conseil avait
vraiment l’intention d’emprisonner longtemps ces tol’vir.
« Lequel d’entre vous est Bathet ? demanda-t-il.
— C’est celui-là », lui répondit le garde Ramkahen, indiquant une cage située le long du mur à sa
droite. Chen hocha la tête et s’approcha du frère de Menrim.
À présent que sa vue s’était ajustée à la lumière diffuse, Chen put examiner un peu mieux
Bathet et les autres prisonniers. Ils étaient vraiment devenus des créatures de pierre et ressemblaient
plus à des golems qu’à des êtres vivants.
« C’est donc vous, Bathet ? demanda Chen.
— Qu’est-ce que ça peut vous faire ? », grogna le Neferset en réponse. Ses yeux étaient
totalement différents de ceux de Menrim : durs, froids et emplis de colère.nez-vous faire ici ?, demanda-t-il en brandissant une pique aussi grande que Chen.
« Réponds à ses questions », gronda le garde, en tapant sur les barreaux de la cage avec sa
pique. Le claquement du métal contre le métal résonna de manière discordante dans l’espace
souterrain.
Bathet ricana et ne répondit pas. Au lieu de cela, il se mit à marcher de long en large dans sa
minuscule cellule, en montrant les dents à Chen. Le garde frappa à nouveau les barreaux avec sa pique.
« Je viens de la part de votre frère, Menrim », dit Chen.
Bathet cligna des yeux, puis se mit à rire d’un air moqueur.
« Ah, voilà qui explique pourquoi vous venez perdre votre temps dans le noir avec nous autres,
vaincus ! Je suppose que ce cher Menrim vous a supplié de venir me faire entendre raison. »
— En fait, il ne sait même pas que je suis là », rétorqua Chen. Bathet rit à nouveau.
« Encore mieux ! Il vous a tellement ému que cela vous a donné envie de faire son sale boulot à
sa place ! Magnifique. »
Chen pencha la tête de côté pour observer Bathet. Il savait qu’essayer de le contrer directement
ne lui vaudrait que d’autres moqueries. De ce fait, il envisagea la meilleure approche pour amener
Bathet à converser avec lui.
« C’est effectivement un sale endroit pour exécuter un travail, dit Chen. Je présume qu’aucun
d’entre vous n’a eu l’occasion de se laver depuis un certain temps et que nous pouvons être
reconnaissants du fait que vous ne soyez plus que des morceaux de pierre. »
Le garde à côté de Chen parut légèrement offensé par cette remarque, mais ricana tout de
même. Bathet sembla interloqué, et Chen fit mine d’épousseter de la crasse imaginaire sur sa propre
fourrure noire et blanche. Il croisa les bras et lança à Bathet l’expression de suffisance la plus
convaincante qu’il parvint à se composer.
Et cela fonctionna.
« Vous autres, êtres de chair, vous vous croyez toujours tellement vertueux. Répétez donc ça à
mon frère également ! Et quand vous le ferez, regardez-le bien, scrutez son visage de geignard moraliste
et d’éternelle victime ! Et notez la façon dont il soupirera de désespoir, avec de grands yeux tristes,
comme pour dire Oh, tu me déçois tellement, Bathet ! Après ça, vous pourrez lui dire que ce n’est
qu’un… »
Bathet déversa un flot d’épithètes grossières que Chen se jura en silence de ne jamais répéter.
Même le garde parut quelque peu pris de court.
« … et voilà ce que je pense de lui, et de son très saint complexe de supériorité ! »
— Oui, je comprends, mentit Chen.
— Menrim perd son temps de toute façon, poursuivit Bathet. Même si le conseil se laisse
convaincre par ses si déchirants appels à la clémence, je préférerais mourir ici, auprès de ma véritable
famille, plutôt que de devoir passer un seul instant de plus en sa présence. »
Sur ce, Bathet tourna le dos à Chen pour faire face au mur. Chen n’essaya pas de poursuivre la
conversation. Il savait qu’il en avait terminé.
« Je vais partir, maintenant », dit-il au garde, qui opina.
La lumière du soleil était éblouissante, et Chen resta immobile quelques secondes à cligner des
yeux le temps que sa vision se réajuste à l’extérieur. Un garde de la prison ferma la porte derrière lui,
tandis que l’autre l’observait avec curiosité.
« J’espère que vous avez appris ce que vous vouliez, dit-il. Mais je doute que vous trouviez une
quelconque illumination parmi ces prisonniers. Ce ne sont que des fanatiques. »
Chen réfléchit à sa conversation dans la prison, tout en rassemblant les affaires qu’il avait
laissées à la porte. Même si « fanatique » lui semblait être une classification adéquate pour Bathet, pas
une seule fois ce dernier n’avait mentionné Aile de mort, ni aucun argument relatif aux richesses ou au
pouvoir. Il n’avait fait qu’exprimer une haine profonde et entière envers son frère.
« J’en ai appris suffisamment », rétorqua Chen. Il gravit la rampe, perdu dans ses pensées.
* * *
« Tiens donc, regardez-moi un peu qui était parti fouiner ! », commenta Li Li. Elle l’attendait à
l’extérieur de la maison de Menrim, à l’ombre d’un palmier. Elle s’était occupée en étudiant une des
cartes qu’elle avait prises à Shen Zin Su, afin d’y marquer les endroits qu’ils avaient visités et d’y ajouter
des zones manquantes, comme la totalité d’Uldum.
« À quelle heure t’es-tu levé ? poursuivit-elle. Tu as oublié que nous sommes en vacances ? »
Chen tenta de sourire aux plaisanteries de sa nièce, mais il n’était pas d’humeur. Li Li perçut
immédiatement sa mélancolie.
« Que s’est-il passé ? demanda-t-elle.
— Je suis allé rendre visite au frère de Menrim en prison, répondit-il.
— Une conversation des plus agréables pour commencer la journée, à n’en point douter. »
Chen ne répondit pas et son regard se perdit dans les reflets du lac Vir’naal. Il songeait au
chagrin de Menrim et à l’amertume de Bathet.
« Oncle Chen ? Li Li posa délicatement la patte sur son poignet. Pourquoi es-tu allé dans cette
prison ? » Ses yeux trahissaient une inquiétude sincère pour son oncle. Chen la serra dans ses bras.
« Je ne sais pas vraiment…, lui avoua Chen en la relâchant. Je suppose que je voulais voir ce qui
pouvait pousser quelqu’un à faire les choix que Bathet a fait.
Bathet méprise son frère, continua-t-il. Dès l’instant où j’ai mentionné le nom de Menrim, il…
Disons qu’il n’était pas content. »
Chen s’adossa au tronc du palmier. « Je ne sais qu’en penser. Bathet a parlé des autres
prisonniers Neferset comme de sa « véritable » famille, donc il cherche clairement à prendre ses
distances avec Menrim. Mais je ne comprends pas pourquoi… La nuit dernière, Menrim n’a fait que nous
dire à quel point il tient à son frère. »
Li Li fronça les sourcils et ne dit rien. Chen poursuivit.
« Comment Bathet peut-il en être arrivé à le haïr si profondément ? Qu’a-t-il bien pu se passer
entre eux ?
— Il est parti, dit calmement Li Li.
— Bien sûr qu’il est parti, reprit Chen. Il ne voulait pas travailler pour Aile de mort.
— Non, avant ça. » Li Li secoua la tête. Pendant ton absence, j’ai discuté avec Menrim. Il est plus
vieux que Bathet. Quand il en a eu l’âge, Menrim est parti travailler avec les prêtres, afin de s’occuper de
l’entretien des appareils des titans. Il était tout le temps absent. Il ne voyait pas souvent Bathet. »
Chen regarda Li Li avec un air perplexe. « Et alors ?
— Alors… Bathet lui en a voulu, je suppose, marmonna Li Li. Il s’est senti abandonné et mené à
la baguette. Bathet n’en avait rien à faire d’Aile de mort. L’important pour lui, c’était de se trouver sa
place.
— Comment peux-tu savoir ce qui se passe dans la tête de Bathet ? lui demanda Chen.
Li Li attrapa des poignées de sa fourrure et tira dessus de frustration. Chen ne l’avait jamais vue
agir de la sorte auparavant. Elle semblait lutter contre elle-même.
« Je le sais, parce que c’est ce que Bo m’a dit une fois… À propos de toi…
— Hein ? »
Li Li avait l’air terriblement malheureux, mais elle continua à parler. « Lorsque papa a envoyé Bo
me chercher, il m’a dit… » La voix de Li Li s’estompa.
« Que t’a-t-il dit ? demanda Chen. Son cœur cognait dans sa poitrine.
— Bo m’a dit que tu étais parti parce que ta bière et tes aventures comptaient plus que nous à
tes yeux.
— C’est faux ! protesta Chen.
— Je le sais bien ! cria Li Li. Bon sang, oncle Chen, je lisais tes lettres tous les jours ! Mais c’est
ainsi que Bo voyait les choses. Pendant longtemps, il a été terriblement en colère contre toi. »
Chen baissa la tête. Sa dispute avec Chon Po, la veille du jour où Li Li avait pris la perle, lui revint
avec une clarté cristalline. Il pouvait voir la peine dans les yeux de Po, entendre la fureur et l’angoisse
dans sa voix.La quête de la Pandarie : troisième partie
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« Je me souviens de ce que Bo m’a dit sur la plage alors qu’il était en train de mourir. Je n’avais
pas vraiment tout compris sur l’instant… Tout est arrivé si vite… » Chen se frotta le visage, soudain très
fatigué. « J’aurais dû m’en douter. Chon Po ressentait la même chose. Il la ressent encore. »
Li Li ne dit rien. Au-dessus d’eux, les feuilles des arbres bruissaient dans la brise tiède.
« Je crois que je sais ce qu’il faut faire », dit Chen.
* * *
Chen ressentait une impérieuse envie de servir du thé, probablement par habitude. Au lieu de
cela, il s’agitait nerveusement, ne sachant pas trop quoi faire de ses pattes. Il les joignit devant lui, les
laissa pendre le long de son corps, et se décida finalement à entremêler ses doigts derrière son dos.
Menrim se trouvait face à Chen et Li Li dans la pièce principale de sa maison, ses yeux brun pâle
doux et inquisiteurs.
« Je suis allé voir votre frère ce matin, dit Chen. Pour lui parler. »
Menrim se retourna et fit quelques pas à travers la pièce, la queue battante. « Qu’a-t-il dit ?
— Il est très en colère, dit Chen. Menrim acquiesça.
— Je sais. »
Chen inspira profondément et se demanda si ce qu’il était sur le point de suggérer avait des
chances de réussir.
« Vous devriez aller le voir pour vous excuser. »
Menrim se retourna brusquement. « Je devrais m’excuser ? Mais c’est lui qui a rejoint Aile de
mort !
— Oui, dit Chen. Mais… Je crois qu’il est convaincu que vous ne vous êtes jamais soucié de lui.
— Comment peut-il penser cela ? J’ai…
— Menrim, l’interrompit Chen, et même à ses propres oreilles, sa voix sembla trop dure. Vous
pourrez démêler tout cela plus tard. Mais si vous voulez obtenir une chance qu’il éprouve des remords
pour ses actes et qu’il soit jugé avec clémence, je suis presque certain que vous devez d’abord vous
excuser.
— Qu’en savez-vous ? demanda Menrim.
— J’ai moi-même laissé des gens derrière moi dans ma vie. Des gens que j’aime, y compris un
frère. Son esprit fut envahi de souvenirs de Chon Po et de Bo Le. Et… cela a eu des conséquences. »
Menrim fit à nouveau quelques pas, perdu dans ses pensées. Il s’arrêta finalement et regarda les
deux pandarens dans les yeux.
« Très bien, dit-il. Je vais essayer. Je vais aller m’excuser auprès de Bathet. » Il grimaça,
visiblement peu emballé par cette idée.
Chen acquiesça et risqua un sourire. « Je pense que cela devrait changer beaucoup de choses »,
dit-il.
Menrim ne répondit pas. Il se contenta de sortir.
« Je trouve que ça s’est plutôt bien passé », dit Chen.
Li Li regardait ses pattes. « Oui, oui, oncle Chen… »
* * *
Menrim ne revint que longtemps après le coucher du soleil. Chen et Li Li ne se sentaient pas très
à l’aise avec l’idée de demeurer chez lui en son absence. Ils avaient donc déposé leurs musettes et leurs
bâtons contre le mur de soutènement de la jetée, puis ils s’étaient installés pour attendre près de l’eau.
Li Li était assoupie contre l’épaule de Chen lorsque Menrim revint, en marchant lentement dans
la rue. Chen fit un signe de la main pour attirer son attention, mais le tol’vir ne répondit pas à son salut.
Menrim tourna la tête délibérément, le regarda droit dans les yeux, puis continua d’avancer.
Chen baissa le bras. « C’est ce que je craignais », dit-il. Il secoua délicatement Li Li pour la
réveiller.
« Oh, qu’est-ce qui y’a, Chen ? marmonna-t-elle en se frottant les yeux.
— On dirait bien que nous ne serons pas les bienvenus chez Menrim ce soir, dit-il. Viens, allons
nous trouver une auberge.
— Au moins on dormira peut-être dans un lit, et pas par terre, grommela Li Li, en ramassant ses
affaires.
— Le verre à moitié plein, hein ? », dit Chen. Pendant un instant, il souhaita vivement que Li Li et
lui aient suivi les nains tout de suite après leur confrontation avec le roi Phaoris, et qu’il n’ait jamais
croisé Menrim. Les pandarens seraient restés avec la caravane, où qu’elle se trouve, à rire et à prendre
du bon temps.
Lorsqu’ils eurent finalement trouvé où loger, ils étaient tellement épuisés qu’ils dormirent d’une
traite jusqu’au matin. À leur réveil, la clameur de centaines de voix les tira de leurs lits. Ils s’habillèrent
en hâte, afin de découvrir ce qui se passait.
Dehors, les habitants de Ramkahen obstruaient les rues en cherchant à se frayer un chemin vers
la place centrale, les yeux rivés sur le bâtiment qui abritait le roi et le haut conseil.
« Qu’est-ce qui se passe ? demanda Chen. Li Li connaissait déjà la réponse.
— Le temps est écoulé, dit-elle calmement. Le haut conseil s’apprête à annoncer sa décision ».
Chen sentit son cœur se mettre à cogner plus fort dans sa poitrine. Li Li se tourna vers son oncle.
« Essayons de trouver une meilleure vue. »
Chen acquiesça.
Ils poussèrent et se faufilèrent à travers la foule, jusqu’à réussir à atteindre le gigantesque
cadran solaire situé dans l’angle sud-ouest de la place. Une pile de caisses branlantes se trouvait juste à
côté, trop petite pour les tol’vir, mais juste assez large pour qu’une paire de pandarens s’y installe. Chen
et Li Li grimpèrent jusqu’au sommet, d’où ils pouvaient voir facilement la façade du grand hall.
Au bout d’un moment, une escorte de gardes de Ramkahen fit sortir les cinq prisonniers
Neferset. Ils étaient enchaînés ensemble au cou, aux poignets et aux chevilles, et le cliquetis des lourds
maillons se perdait dans les huées et les rugissements de la foule. Chen reconnut Bathet et il déglutit
nerveusement.
Le roi Phaoris contourna les prisonniers, se plaça devant eux et leva les bras. La foule fit silence.
« Citoyens de Ramkahen ! lança-t-il de sa voix tonnante. Le haut conseil a rendu son verdict.
Avant qu’il ne soit annoncé, j’ai cependant décidé de laisser chaque prisonnier parler pour lui-même
devant le peuple, afin que vous puissiez vous aussi comprendre pourquoi nous en sommes arrivés à
cette conclusion. Puissiez-vous tous vous montrer solidaires de ceux d’entre nous qui avons dû
longuement et difficilement délibérer, afin de déterminer le plus juste verdict. »
La foule l’acclama en réponse, mais Chen sentit une onde sous-jacente de férocité, et tout le
monde ne sembla pas entièrement satisfait par les paroles du roi. Phaoris se déplaça sur le côté et un
garde poussa le premier prisonnier. Il regarda d’un côté, puis de l’autre, afin de prendre toute la mesure
de l’assistance.
Il ouvrit la bouche pour parler.
« Je me nomme Nanteret, annonça le premier prisonnier, et je continue de respecter l’alliance
conclue par mon peuple ! »
Un vacarme assourdissant jaillit de la foule en réponse, mêlant les cris de fureur et de haine.
Chen sentit sa gorge s’assécher.
« Mon seul regret, poursuivit Nanteret en criant, c’est de ne pas vous avoir tués en plus grand
nombre, sales Ramkahen ! » Il cracha au pied des escaliers pour ponctuer sa déclaration. Un garde le
repoussa rapidement à sa place. Le roi Phaoris réclama à nouveau à la foule de faire silence et les
Ramkahen baissèrent le ton, attendant la suite des discours.
Chacun à leur tour, les prisonniers Neferset prirent la parole. Les deux suivants répétèrent
presque mot pour mot les paroles de Nanteret. Lorsqu’arriva le moment pour Bathet, le quatrième, de
s’avancer, Chen avait sombré dans l’accablement, même s’il ne pouvait pas s’empêcher de ressentir une
minuscule étincelle d’espoir.
« Je suis fier du choix que j’ai fait !, cria-t-il, en poussant sa voix aussi fort qu’il le pouvait. Je
n’éprouve aucun regret ! Je reste solidaire de mes frères ! » Chen tressaillit en notant l’emphase avec
laquelle Bathet avait prononcé le dernier mot. Li Li posa la patte sur celle de son oncle. La foule rugit aux
paroles de Bathet et une pluie d’objets vint s’écraser sur les escaliers. Une grenade à moitié mangée vint
s’écraser sur le côté de son visage, son jus sombre dégoulinant le long de sa joue.
Le dernier Neferset prit la parole. Chen l’entendit à peine. Quoi qu’ait dit le prisonnier, il ne se
repentait pas plus que les autres.
Le roi Phaoris retourna se placer devant eux et il leva les bras.
« Que soit noté qu’il a été offert aux Neferset une chance de parler librement à l’intention de
tous. Ils n’ont exprimé aucun remords pour leur alliance blasphématoire avec Aile de mort et Al’Akir ! Ils
n’ont exprimé aucun regret pour les milliers qui ont été assassinés au nom de leur propre soif de
pouvoir ! Ce sont des traîtres envers tout ce qu’ont toujours représenté les Tol’vir ! »
« La décision du haut conseil est unanime, poursuivit le roi Phaoris. Ils seront mis à mort. »
La foule poussa des acclamations.
Li Li en eut le souffle coupé et elle se couvrit la bouche. Chen lui saisit le bras.
« Nous devons trouver Menrim », dit-il.
Elle acquiesça. « Allons-y. »
* * *
À un certain moment, Chen réalisa que c’était probablement de la folie que de tenter de
retrouver un individu précis au sein d’un attroupement tel que celui qui avait envahi les rues de
Ramkahen. Mais Li Li et lui étaient persévérants, et ils finirent par tomber sur quelqu’un qui l’avait vu, ce
qui leur permit de retrouver sa trace. Il était assis près d’une fontaine dans la partie nord de la cité,
partiellement caché. Il aperçut Chen et Li Li qui s’approchaient, mais ne les salua pas.
Chen s’assit à côté de lui. « Je suis vraiment navré, Menrim », dit-il.
Menrim se détourna, le visage dur. « Il n’a exprimé aucun regret. Il a scellé sa propre destinée. »
Li Li et Chen furent tous deux pris de court par la froideur de Menrim, mais Chen attribua cela au
choc, face au verdict du haut conseil.
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Radhya
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MessageSujet: Re: La Quête de la Pandarie: La 3ème partie est en ligne   Ven 19 Oct - 9:29

« Néanmoins, dit Chen, je sais que votre frère compte beaucoup pour vous. Je ne peux pas
imaginer à quel point cette épreuve doit être difficile. »
Ils restèrent assis sans parler, avec le clapotement de la fontaine en fond sonore.
« Puis-je vous demander, tenta délicatement Chen, comment Bathet a réagi à votre visite
d’hier ?
— Il a réagi comme on pouvait s’y attendre, répondit sèchement Menrim. Comme la pourriture
de traître égoïste qu’il est.
— Qu’a-t-il dit, reprit Chen, lorsque vous lui avez présenté vos excuses ? »
Brusquement, Menrim se leva et commença à partir. Au bout de quelques pas, il s’arrêta et se
retourna.
« Pour qui vous prenez-vous ? hurla-t-il. Vous faites irruption dans ma vie, et vous me dites ce
que je dois faire ?! Je devrais présenter mes excuses à Bathet ? Je n’ai pas besoin de faire une chose
pareille ! C’est lui le criminel, le blasphémateur, et j’ai tout tenté pour que sa vie soit épargnée ! C’est lui
qui devrait me supplier de le pardonner et me remercier du plus profond de son cœur de granit ingrat !
Comparé à lui, je suis un saint !
Je n’ai rien à me reprocher et je l’ai bien fait comprendre à Bathet. Comment osez-vous essayer
de me mettre la faute sur le dos ? Disparaissez de ma vie ! », grogna Menrim. Il tourna le dos à Chen et à
Li Li, puis disparut à grandes enjambées dans la cité.
Chen ferma les yeux et appuya son front contre ses pattes. Li Li le serra doucement contre elle.
« Tu as fait de ton mieux, oncle Chen, dit-elle. Tu ne peux pas tout arranger. »
Rien n’était en mesure d’exprimer les sentiments de responsabilité personnelle, d’obligation,
d’échec et de culpabilité qui s’affrontaient pour prendre le dessus dans le cœur de Chen. Il n’arrivait pas
à se souvenir de s’être jamais senti aussi triste.
* * *
Tuer un Neferset à peau de pierre n’était pas chose aisée, et le haut conseil opta donc pour le
concassage des prisonniers. Une machinerie complexe de poulies et de contrepoids fut construite pour
l’occasion. Plusieurs gardes devraient manipuler des leviers et une pile d’énormes dalles de pierre serait
alors soulevée à plusieurs mètres au-dessus du sol. À la libération du cran de sûreté, les dalles iraient
s’écraser lourdement à terre, en pulvérisant quiconque se trouverait en dessous. Li Li eut du mal à
s’imaginer une invention plus brutale.
La cité de Ramkahen tout entière semblait s’être rassemblée dans l’espace situé près du plan
d’eau où la machine avait été érigée. Li Li et Chen grimpèrent sur un auvent. Ils n’échangèrent pas un
mot tandis qu’ils attendaient le début du spectacle. S’ils avaient tous deux été parfaitement honnêtes, ni
l’un ni l’autre n’aurait exprimé l’envie d’assister à l’exécution. Mais Chen en ressentait la nécessité, et Li
Li se refusait à le laisser seul.
En fin d’après-midi, les gardes guidèrent les prisonniers à travers les rues. Les spectateurs
criaient, huaient et couvraient d’insultes les Neferset condamnés. Li Li commença à avoir la nausée.
Les mises à mort n’impliquaient que peu de décorum. Un garde se contentait de détacher un
Neferset de ses compagnons, de le mener jusqu’à l’endroit désigné, puis de l’y attacher. D’autres gardes
actionnaient la machine. Li Li tenta de se forcer à regarder, en signe de respect, mais elle ne parvint pas
à le supporter. Elle ferma les yeux et laissa les bruits lui décrire les évènements : le grincement du travail
des poulies tandis qu’on soulevait les dalles, le puissant souffle d’air déplacé par leur chute, le
craquement sinistre du prisonnier se faisant pulvériser, et le cliquetis des débris que l’on balayait
ensuite, afin de libérer la place pour le prisonnier suivant.
Chen étreignit fortement les épaules de Li Li, tout en tentant d’empêcher ses propres pattes de
trembler. Il regarda chacune des exécutions, même s’il enviait Li Li qui avait fermé les yeux. Il était cloué
sur place, comme si une force intangible exigeait qu’il regarde. Comme lors des discours, Bathet passa
en quatrième position. Il mourut sans plus de cérémonie que les autres. Tout fut terminé si vite, et
pourtant on aurait dit qu’un millier d’années s’était écoulé. Chen sut que ce jour le hanterait à jamais.
Curieusement, Chen sentit que ses poumons respiraient encore, que son cœur battait toujours,
mais tous les sons, toutes les sensations lui semblaient provenir de plusieurs kilomètres de distance.
L’auvent aurait pu s’écrouler sous lui, il ne s’en serait même pas aperçu. Ses pensées flottaient au loin,
et il resta assis là, comme en transe, à regarder le lac sans le voir, pendant un long moment.
« Oncle Chen, dit doucement Li Li.
— Oui, Li Li ?, répondit-il. Elle n’avait pas l’air d’aller très bien.
— Je… Je voudrais partir dès que possible. Je ne sais pas pourquoi la perle nous a guidés
jusqu’ici. Cet endroit est rempli de tristesse.
— Oh. » Les paroles de Li Li lui firent réaliser que lui aussi ressentait fortement le besoin de
s’éloigner de Ramkahen.
« Je ne sais pas exactement où nous pourrions aller ensuite, dit Li Li, mais tant que ce n’est pas
ici, je m’en fiche.
— Je suis d’accord, dit Chen. Reposons-nous un peu et nous partirons demain matin. »
Ils descendirent de l’auvent, puis se frayèrent un chemin jusqu’à l’auberge. En arrivant à la
porte, quelqu’un surgit des ombres pour venir à leur rencontre. C’était Menrim.
« Que voulez-vous ? », demanda Chen sans ménagements.
Menrim hésita avant de parler.
« Je voudrais m’excuser », dit-il.
Chen et Li Li le regardèrent fixement.
« Vous aviez raison, poursuivit Menrim. Vous aviez raison et j’aurais dû vous écouter. J’aurais dû
faire ce que vous m’aviez dit. J’aurais dû…
— Il est un peu tard pour ça, vous ne trouvez pas ?, l’interrompit Chen. À quoi bon ?
— J’ai… J’ai essayé de le faire. J’ai essayé de dire à Bathet que j’étais désolé, mais… il n’a fait que
me lancer des reproches, et je suis entré dans une telle colère… Et puis, ce n’est pas comme si tout était
de ma faute.
— Oh, épargnez-nous ce discours, lança Li Li.
— Je voulais le sauver ! hurla Menrim. Je voulais tous les sauver. J’ai réclamé la clémence du
haut conseil, encore et encore…
— Bien sûr que vous souhaitiez le sauver, répondit platement Chen, tout du moins tant que cela
ne remettait pas en question votre propre fierté, ou quoi que ce soit d’autre. »
Menrim regarda fixement les deux pandarens, les yeux écarquillés. « Je sais que j’ai échoué. Je
le sais… Je l’ai su à l’instant où j’ai vu les pierres tomber, et mon frère… mon seul frère… » Sa voix se
brisa et Menrim fondit en larmes. « Ma cité… mon peuple… mon frère… Comment a-t-on pu en arriver
là ? »
Chen n’avait pas la force d’être quoi que ce soit d’autre que fatigué. Il était vrai que Menrim,
que tous les tol’vir, avaient horriblement souffert. Que Bathet et les autres Neferset avaient accompli
des choses horribles. Que Bathet avait à juste titre éprouvé de la rancœur à l’encontre de Menrim. Et il
était probablement vrai que rien de ce qu’aurait pu dire l’un ou l’autre des frères n’aurait pu empêcher
le sort qu’avait connu Bathet cet après-midi-là.
Chen connaissait à peine ces deux frères, et pourtant…
« Que voulez-vous qu’on vous dise ? demanda lourdement Chen. Nous ne pouvons pas vous
absoudre, ma nièce et moi. Nous ne pouvons pas absoudre Bathet. Nous ne pouvons pas changer quoi
que ce soit, pour qui ce soit. Ce qui est fait est fait. »
Menrim s’essuya les yeux sur le bras et sembla se reprendre un peu. « Je sais, murmura-t-il, je
sais. Mais… merci… d’avoir essayé. » Il inspira.
« Li Li, commença Menrim. Nous avons parlé de vos voyages hier, pendant que votre oncle était
parti. Je n’arrive pas à imaginer que vous puissiez souhaiter demeurer à Ramkahen après ce qui s’est
passé.
— Bien vu, répondit Li Li.
— Si vous suivez la Vir’naal vers le sud, vous finirez par atteindre la Cité perdue située à
l’embouchure. Il s’agissait autrefois d’une forteresse des Neferset, mais ils en ont été chassés pendant la
guerre. Ma famille possédait un petit bateau. De ce que je sais, il se trouve encore là-bas. »
Menrim leur tendit une grande clé en fer. « C’est la clé du cadenas des chaînes d’amarrage.
Prenez-la. Vous pourrez quitter Uldum bien plus facilement de cette manière. Les courants du sud ne
sont pas si terribles que cela, et les vents devraient s’être calmés depuis la défaite d’Al’Akir. S’il vous
plaît, dit-il. Elle est à vous. »
Li Li tendit la main et prit la clé dans celle de Menrim.
« Merci », dit-elle simplement.
Des larmes se remirent à couler des yeux de Menrim lorsqu’il inclina la tête. « Je ne sais pas s’il
nous sera possible de nous remettre de ce qui est arrivé à notre peuple. Peut-être que les jours des
tol’vir sont comptés. J’essaierai d’être meilleur que ce que j’ai été. Je vous souhaite bonne chance dans
vos voyages. J’espère que vous trouverez ce que vous cherchez, termina-t-il.
— Je souhaite que vous trouviez la paix, Menrim », dit doucement Chen.
Menrim se détourna, puis s’en alla en direction de sa maison, seul.
Li Li et Chen regagnèrent en silence leur chambre de location. Ils se préparèrent à aller se
coucher, le cœur lourd. Alors que Chen vérifiait leurs musettes, afin de s’assurer qu’ils seraient prêts à
repartir dès le lever du jour, il remarqua que Li Li s’était installée par terre, avec une feuille de papier
devant elle.
« Qu’est-ce que tu fais ? demanda Chen.
— Je vais écrire une lettre pour la maison, répondit-elle. Je crois que je dois le faire. Ça fait
longtemps… » Elle leva les yeux vers lui. Son regard déclencha quelque chose en Chen.
« Je crois que je vais en écrire une également », dit-il. Li Li sortit une autre feuille et un autre
stylet du fond de son sac. Chen s’installa par terre dans un autre coin de la pièce, et déposa la page
vierge devant lui.
Cher Chon Po, commença-t-il.
Je te dois des excuses.
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La Quête de la Pandarie: La 3ème partie est en ligne
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